Le tour, la terre, le couteau
Installé dans son atelier de Gien, dans le Loiret, Grégoire Lemaire est céramiste, sculpteur et graveur. Autodidacte, il a construit son savoir-faire seul, à force d’heures passées sur le tour, jusqu’à façonner des pièces de grand format que l’on regarde davantage comme des sculptures que comme des contenants. Une fois la pièce tournée, alors que la terre n’est plus tout à fait souple, il grave. Peu d’outils l’accompagnent dans ce geste : une lame, quelques pointes façonnées de ses mains. Il revendique cette économie de moyens, convaincu qu’un travail tient moins à son matériel qu’au savoir-faire qui l’anime. Dans cette quête de maîtrise, il s’autorise pourtant une exception : l’accident du bois, quand la cuisson vient bouleverser la pièce au-delà de ce qu’il avait prévu, et qu’il accueille alors comme un cadeau.
Grégoire Lemaire à l’atelier
Des sillons comme une mélodie
Sur la terre encore marquée par le geste du tour, Grégoire Lemaire creuse des sillons qui reviennent, se répondent, et finissent par appartenir entièrement à la forme qu’ils habillent. Rien d’illustratif dans ce tracé : la pièce ne raconte pas une image, elle porte un rythme. Cette discipline du motif répété est nourrie par une attirance plus large pour les objets bruts et archaïques, ceux qui portent la trace du temps et du geste plutôt que celle de l’outil sophistiqué. Quinze années de pratique n’ont rien changé à sa méthode : il avance en faisant. Il aime convoquer cette pensée de Soulages, qu’il s’est appropriée — c’est ce qu’il fait qui lui apprend ce qu’il cherche.
Le motif gravé, signature de l’artiste
Pièces de l’artiste Grégoire Lemaire
De la plaque gravée à l’empreinte
Pour Estampe, Grégoire Lemaire a réalisé de grandes plaques d’argile gravées à la main, selon le même geste retenu qu’il applique à ses jarres. C'est ensuite par des techniques de linogravure et d'encrage qu'il relève l'empreinte de ces gravures, capturant le sillon, le rythme et la matière du tracé original. C’est cette empreinte, ce fragment du travail de l’artiste, qui est venue décorer l’écrin en porcelaine de la bougie Estampe.

De la gravure sur argile à l’empreinte en porcelaine
La bougie “Fragment” par Grégoire Lemaire
La bougie de Grégoire Lemaire cherche ce clin d’œil à l’archaïque, l’archéologique. Elle est la capture fidèle de son mouvement, extraite partiellement, conservant le souvenir de son savoir faire.
Bougie “Fragment” tirée d'après les gravures de Grégoire Lemaire